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R-S EN MER
Étude de cinq ans sur les attitudes à l'égard des
VFI
par Sharon Andrews
Dans le numéro de décembre 2002 du bulletin de nouvelles
du Conseil canadien de la sécurité nautique, un article
sur le symposium annuel du Conseil mentionne que la conférencière
principale invitée lors du dîner, la journaliste Ann Medina,
a mis tout son auditoire au défi d'adresser aux " vrais plaisanciers
", dont elle-même, des messages de sécurité qui
soient réalistes et crédibles. Parmi les participants se
trouvait une personne bien près de relever ce défi. Il s'agit
de Brian Avery, du Bureau de la sécurité nautique à
la Garde côtière canadienne. Au moment du symposium, M. Avery
dirigeait une équipe, à la GCC, qui était sur le
point d'achever un projet de recherche-développement de cinq ans
visant l'élaboration de stratégies et de messages pertinents
et significatifs, après avoir procédé à une
vaste étude de marché sociale en vue de généraliser
le port du vêtement de flottaison individuel (VFI) et du gilet de
sauvetage parmi les plaisanciers canadiens.
Ces travaux de recherche ont commencé pendant l'exercice 1998-1999
avec la création d'un comité directeur, l'examen des documents
pertinents et la tenue de séances de groupes de réflexion,
le tout destiné à déterminer des taux-repères
de port du VFI à travers le Canada et à comprendre les facteurs
qui motivent les plaisanciers à porter ou non le VFI. La plupart
des données alors existantes étaient fragmentées
et d'envergure régionale, mais, en étudiant les problèmes,
il s'est révélé possible d'élaborer un questionnaire
propre à susciter la collecte de données valables et quantifiables.
Pendant
la saison de navigation de plaisance de 2000, l'équipe a réalisé
une étude nationale d'observation des amateurs actifs et en est
arrivée à un taux de base selon lequel 20 p. 100 des plaisanciers
canadiens portent un VFI (sur des bateaux de six mètres ou moins).
Parmi les autres constatations intéressantes, on a remarqué
que le comportement du conducteur du bateau influait sur le taux de port
du VFI par les passagers, et que deux régions se caractérisaient
par un port plus assidu que la moyenne, à savoir le Grand Nord
(44 p. 100) et la province de Terre-Neuve-et-Labrador (60 p. 100).
Des tendances se dessinent
En 2001, à l'occasion d'un sondage national par téléphone,
on a interrogé environ 4 000 personnes au sujet de leurs attitudes
à l'égard des VFI et des gilets de sauvetage. Voici certaines
des tendances décelées :
- la décision de porter un VFI est souvent fondée sur
le niveau de risque en présence;
- la plupart des gens porteraient un VFI si le conducteur du bateau
le leur demandait;
- les personnes bien nanties et à scolarité élevée
se targuent d'un meilleur contrôle sur leur environnement et justifient
ainsi leur refus de porter un VFI;
- les femmes sont mieux sensibilisées à la sécurité
que les hommes;
- la majorité des personnes interrogées appuierait le
port obligatoire du VFI.
L'année suivante, des groupes de réflexion tenus dans les
deux régions à taux élevé de port du VFI ont
permis de comprendre encore mieux la situation. Les plaisanciers déclarant
porter toujours ou presque toujours un VFI mentionnent, comme motifs de
leur comportement, des facteurs tels que des risques liés à
l'environnement (lacs de grande dimension, océan, air froid et
température de l'eau); le souci d'être prêt à
faire face à l'imprévu; une expérience de quasi-noyade
ou le fait d'avoir connu une personne qui s'est noyée; et même
des directives parentales de longue date. Dans l'ensemble, les personnes
interrogées croient que le conducteur du bateau est responsable
de la sécurité de tous les passagers, et que la décision
de porter ou non un VFI devrait se fonder sur une évaluation personnelle
du danger. Bref, le port obligatoire du VFI serait impossible à
appliquer.
L'enquête nationale sur les attitudes à l'égard du
VFI s'est achevée à l'automne 2002 et a touché un
échantillon de 600 personnes vivant dans le Nord. Tout comme dans
le reste du Canada, la majorité ne voyait pas bien la différence
entre gilet de sauvetage et VFI, mais les plaisanciers du Nord sont plus
nombreux (80 p. 100) que ceux du reste du pays (70 p. 100) à manifester
une attitude positive à l'égard du VFI, et ils expriment
aussi de fortes convictions quant à la nécessité
de porter un VFI même lorsque l'on a des compétences solides
en navigation.
Décision basée sur le degré de risque appréhendé
L'enquête sur les attitudes, en deux parties, a permis d'établir
des comparaisons détaillées. Selon l'une des attitudes très
répandues, la décision de porter un VFI se fonde premièrement
sur le degré de risque perçu. Si le plaisancier croit que
le risque est tolérable, il ne portera pas de VFI. Plus souvent
une personne se livre à des activités de plaisance en toute
sécurité et moins elle y percevra de danger et portera un
VFI.
La majorité des Canadiens se situent quelque part au milieu d'un
continuum allant de ceux qui ne portent pratiquement jamais de VFI à
ceux qui en porte toujours un. Bien que la plupart des plaisanciers croient
que les activités de navigation comporteraient moins de danger
s'ils portaient un VFI, et que plus de 90 p. 100 d'entre eux ont à
bord le nombre requis de VFI, les taux de port du vêtement sont
bas et, parmi les raisons invoquées, on retrouve le plus souvent
l'inconfort, le manque de mobilité pour chasser et pêcher
et le fait que les VFI sont sales ou sentent mauvais. Étant donné
que de nombreux plaisanciers ne sont pas encore au courant des améliorations
récentes ou des différences en un VFI et un gilet de sauvetage,
toute campagne visant à généraliser le recours au
VFI devra certainement être précédée de nouveaux
efforts d'information sur la nature et les attributs des deux produits.
Même si la recherche est maintenant achevée, le directeur
du projet, Brian Avery, surintendant du Bureau de la sécurité
nautique de la Garde côtière canadienne à Terre-Neuve-et-Labrador,
souligne qu'il reste énormément de travail à faire,
surtout en ce qui concerne l'élaboration d'outils de communication.
En plus du fait que les risques de la navigation de plaisance varient
d'une région à l'autre du pays et que les campagnes de marketing
doivent donc obligatoirement être adaptées à l'échelle
régionale, les spécialistes du marketing et de la communication
estiment que les changements d'attitude manifestés par des modifications
de comportement ne commenceront pas à se remarquer avant la fin
d'une période de 10 ans au moins suivant la mise en place d'une
stratégie de communication efficace.
* Le gilet de sauvetage est conçu de manière
à mettre une personne inconsciente en position couchée sur
le dos, et ce en quelques secondes seulement. Le vêtement de flottaison
individuel (VFI) maintient hors de l'eau la tête d'une personne
consciente en eaux calmes et il aide à se débrouiller et
à surnager en eaux rapides ou agitées. Le VFI n'est pas
conçu dans le but de retourner sur le dos une personne inconsciente
tombée à l'eau. (Revue SARSCÈNE, été
1998)
Sharon Andrews travaille au Bureau de la sécurité nautique
de la Garde côtière canadienne pour la province de Terre-Neuve-et-Labrador.
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