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Vol. 17, No. 3
décembre 2008

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CHANGEZ AU 406


Changez au 406

Le passage à la technologie ELT 406 MHz a provoqué des débats et a soulevé plusieurs questions. Les lettres qui suivent sont des lettres d’opinion publiées dans le Chronicle Herald, et reproduites avec permission. Les opinions exprimées ne représentent pas nécessairement celles du Secrétariat national de recherche et sauvetage, de ses partenaires, ni du gouvernement du Canada.


Une vieille technologie dans un nouvel emballage
Les pilotes privés craignent que la législation ne cause de nombreuses pertes de vies

Par Don Ledger

L’épave de l’avion du célèbre pilote de mont golfière et pilote privé connu mondialement, Steve Fossett, a été retrouvée récemment dans la région montagneuse d’Inyo, en Californie. Fossett avait décollé de Yerington, au Nevada, le 3 septembre 2007. Sa dispari tion avait déclenché une couverture médiatique mondiale et l’une des recherches aériennes les plus importantes de l’histoire de l’aviation. Le 2 octobre dernier, l’épave était découverte par un randonneur à 200 milles au sud de la zone de recherche. L’avion était équipé du plus récent modèle d’émetteur de localisation d’urgence 406 MHz (ELT). Il avait été détruit lors de l’écrasement; autrement, Fossett aurait été localisé en quelques heures.

Le 3 août 2008, un avion transportant sept personnes s’est écrasé en Colombie-Britannique peu après le décollage. L’avion et l’ELT ont été détruits par l’incendie qui a suivi. Cinq personnes sont décédées. Un survivant a envoyé un message-texte à un ami qui a transmis l’information à l’équipe de recherche et de sauvetage (R-S). Il a fallu quatre longues heures pour les retrouver.

Lors de deux autres écrasements récents au Canada, l’ELT ne s’est pas activé.

La rapidité de l’intervention est essentielle. Lorsque les survivants ont besoin de soins médicaux immédiats ou peuvent mourir en raison des conditions météorologiques, à quoi bon avoir une pièce d’équipement qui ne signale pas le lieu de l’écrasement?

Existe-t-il une meilleure façon? Oui, mais la technologie ELT 406 MHz est régie du côté du fédéral par Transports Canada, et ce malgré les préoccupations des pilotes privés.

Les pilotes privés au Canada se fiaient aux ELT pour indiquer le lieu exact de l’écrasement de leur avion – activé automatiquement ou en utilisant un interrupteur interne du détecteur d’écrasement. Un signal est relayé par satellite, identifiant le secteur général du lieu de l’écrasement, à un Centre de coordination de sauvetage. Un avion de R-S se « dirige ensuite automatiquement » vers le signal pour localiser le lieu de l’écrasement. Même si cela semble simple en théorie, les ELT ne se sont pas activés dans plus de 50 pour cent des écrasements. Au contraire, ils s’activent souvent en raison d’un atterris sage brutal. Les déclenche ments involontaires sont devenus chose commune.

Les pilotes doivent assumer les coûts d’achat et d’entretien des ELT parce qu’ils sont « la seule option possible ».

Les ELT sont prédisposés de nombreuses façons aux défectuosités. Si un avion s’écrase dans une étendue d’eau, le signal est perdu. Si l’avion écrasé est renversé, l’antenne dorsale pourrait être détruite, enterrée dans le sol ou bloquée par le fuselage métallique de l’avion, des ravins profonds ou des mon tagnes et des vallées; la courbure de la terre au-delà de 70° degré de latitude nord empêche le satellite de recevoir le signal.

Les lieux d’écrasement sont localisés par des militaires entraînés ou des observateurs civils à bord d’avions. Mais ils doivent savoir où chercher en premier lieu. Parfois, on ne retrouve jamais ni l’avion, ni le pilote, ni les passagers.

Malgré les bons arguments à l’encontre de cette décision, Transports Canada a néanmoins décidé d’appuyer uniquement la technologie des ELT 406 MHz. La Canadian Owners and Pilots Association (COPA) – l’association de pilotes privés la plus importante au Canada qui représente environ 18 000 de ces quelques 35 000 à 40 000 pilotes – lutte contre cette mise en oeuvre depuis de nombreuses années. Il y a quelques années, Transports Canada avait accepté de faire un pas en arrière dans ce dossier mais le ministère a changé d’idée récemment en raison du refus de l’aviation canadienne d’appuyer autre chose que les ELT 406 MHz. Le ministre des Transports, Lawrence Cannon, a refusé de rencontrer Kevin Psutka, président et directeur général de la COPA.

Les nouveaux ELT sont dispendieux et certains pilotes devront en conséquence se départir de leur avion. Mais le coût réel sera celui des pertes de vies en raison des défaillances de cette vieille technologie. Les ELT flancheront comme ils l’ont fait dans le passé. Des pilotes et des passagers seront abandonnés, peut-être blessés ou morts, et ils ne seront pas retrouvés. Certains récits racontant ce qui s’est passé dans des situations de ce genre sont déchirants. Des familles et des êtres chers ne pourront jamais faire leur deuil.

La nouvelle technologie ELT 406 MHz n’est pas appuyée par l’American Owners and Pilots Association et quelques 600 000 pilotes privés américains. Elle ne sera pas mise en application par la Federal Aviation Agency.

Il existe une technologie de type OnStar appelée SPOT qui est maintenant disponible et peut être utilisée dans les avions. Elle suit une unité GPS installée dans l’avion et met à jour la position de l’avion toutes les dix minutes, au tiers d’un mètre carré près. Si le GPS est détruit, sa dernière position connue est enregistrée par le satellite et transmise à l’ordinateur personnel de l’utilisateur ou à un autre organisme responsable, y compris SPOT lui-même. L’équipe de recherche et de sauvetage se rend à cette dernière position connue; l’ancien ELT – si nécessaire – peut alors être utilisé pour localiser l’épave et, il est à espérer, les survivants.

Les parties sans doute les plus déconcertantes de cette législation sont les spécifications à l’effet que la technologie de remplacement doit répondre à des exigences que même la technologie ELT 406 MHz proposée par Transports Canada n’est pas en mesure de respecter.

Les familles de pilotes ou de passagers perdus découvriront un jour qu’il existait une meilleure façon de retrouver des épaves d’avions et qu’il s’agissait d’un accident avec de bonnes chances de survie mais que les survivants sont morts après quelque temps en raison des conditions météorologiques ou des blessures et d’un ELT qui ne fonctionnait pas. Transports Canada et le gouvernement du Canada feront l’objet de poursuites très importantes et plusieurs autres suivront. De plus, dans le domaine de l’aviation, les compensations financières sont toujours très importantes.

Il y a trente ans aux États-Unis, un Cessna s’est écrasé au moment du décollage en Floride en raison d’un rail de siège défectueux. Le pilote, un médecin, a péri dans l’écrasement après que son siège eut reculé durant le décollage. La famille a poursuivi la compagnie Cessna Aircraft et s’est vue accorder un règlement de 25 millions de dollars – pour un rail de siège défectueux.

Ceci risque de se produire et se produira certainement au Canada. Transports Canada doit mettre fin à cette législation.


Don Ledger est un écrivain, un pilote privé et un ancien chef de secteur de l’Association civile de recherche et de sauvetage aériens du district de Halifax.

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le système de satellites humanitaire COSPAS-SARSAT

La transition au 406 :
Assurons-nous de recevoir les bons signaux

Par Carole Smith

Un article d’opinion de Don Ledger publié le 23 octobre qui dénonçait la législation proposée sur les émetteurs de localisation d’urgence 406 MHz (ELT) pour les avions exige une réponse afin d’assurer que le public canadien ait une vision plus équilibrée et plus objective à ce sujet.

Les ELT émettant sur la fréquence 121.5 et 243 MHz ont été développés pour la première fois au cours des années 1950 afin d’aider à localiser des avions militaires, et ont plus tard été autorisés pour l’utilisation civile. Au début des années 1980, la technologie des satellites a été exploitée pour détecter et localiser les signaux de ces ELT, les relayant automatiquement aux autorités avant même qu’un avion n’ait été rapporté comme manquant à l’appel. Vers le milieu des années 1990, le système de satellites humanitaire COSPAS-SARSAT assurait une alerte de recherche et de sauvetage à plus d’un demi-million d’utilisateurs de l’aviation, de la marine et terrestres partout dans le monde. La technologie ELT a également progressé grâce à des modèles numériques plus précis et plus fiables opérant sur la fréquence 406 MHz.

Différents genres de balises.

Différents genres de balises.

Reconnaissant les avantages de cette nouvelle technologie pour le sauvetage, l’Organisation de l’aviation civile internationale, entre autres, a pressé COSPAS-SARSAT de s’investir entièrement dans le système 406 MHz. En octobre 2000, cette dernière a pris la décision de mettre un terme à la surveillance par satellite des signaux sur les fréquences 121.5 et 243 MHz à compter du 1er février 2009.

Est-ce que les ELT 406 MHz sont simplement « une vielle technologie dans un nouvel emballage », comme l’affirme M. Ledger? Non. Leurs signaux numériques sont 50 fois plus puissants que les vieux ELT analogiques. Ils fonctionnent au moyen de satellites géostationnaires qui détectent les alertes presque immédiatement, de même que de satellites en orbite terrestre basse qui passent au-dessus des pôles et compensent pour les effets orographiques. La préoccupation de M. Ledger au sujet de la couverture limitée au nord du 70 degré est donc sans fondement. De plus, contrairement aux ELT 121.5 MHz anonymes, un ELT 406 MHz dûment enregistré est rattaché à un avion particulier, permettant de procéder à une enquête sur une alerte de détresse même pendant que la position finale de l’avion est calculée.

Est-ce que les ELT sauvent des vies? Oui. Demandez à la famille de Kate Williams. Cette petite fille de trois ans était la seule survivante d’un écrasement d’avion qui a tué son grand-père et son associé en affaires près de Golden, en Colombie-Britannique, en octobre 2007. Lorsque l’avion a percuté le flanc d’une montagne peu après le décollage, l’ELT s’est activé automatiquement, alertant le système de recherche et de sauvetage et guidant les sauveteurs vers le site enneigé de l’écrasement juste avant la tombée de la nuit.

Est-ce que les ELT fonctionnent en tout temps? Non, mais c’est également le cas des détecteurs de fumée, des coussins gonflables, des ceintures de sécurité ou de tout autre dispositif de sécurité. Selon l’Aircraft Owners and Pilots Association américaine, les ELT 406 MHz s’activent dans 81 à 83 pour cent des cas, une améliora tion considérable par rapport au taux d’activation de 25 à 73 pour cent des premières générations. Comme le mentionne M. Ledger, certaines technologies de remplacement prometteuses ont été développées mais, jusqu’à maintenant, aucune unité distincte n’a été conçue spécifiquement pour être utilisée par l’aviation, aucune n’a de détecteur d’écrasement automatique et aucune n’est en mesure de fournir une position initiale dans un rayon de cinq kilomètres. Rien n’empêche toutefois les pilotes d’utiliser ces appareils de remplacement comme dispositif auxiliaire.

Est-ce que les ELT 406 MHz sont accessibles uniquement pour les riches? Un ELT 406 MHz compact pour un avion de l’aviation générale coûte environ 1 000 dollars, plus un maximum de sept à dix heures de main-d’oeuvre pour l’installation si l’avion n’est pas déjà câblé pour un interrupteur de poste de pilotage. Bien que plus dispendieux que les ELT plus anciens, des dépenses de cet ordre ne sont pas inhabituelles pour les propriétaires d’avions. De plus, et contrairement aux dispositifs de remplacement qui sont disponibles sur le marché, il n’y a pas de frais d’abonnement annuels pour les services COSPAS-SARSAT.

M. Ledger fait également une déclaration étonnante à l’effet que l’aventurier américain Steve Fossett pilotait un avion équipé d’un ELT 406 MHz. L’enquête est en cours mais les renseignements préliminaires indiquent qu’il n’y avait pas d’ELT 406 MHz à bord et qu’il n’y avait aucun dossier à l’effet qu’un ELT était enregistré pour l’avion.

Est-ce que Transports Canada fait erreur en voulant rendre obligatoire la meilleure technologie d’alerte de recherche et de sauvetage actuellement disponible? Si les plus de 24 000 avions de l’aviation civile au Canada ne sont pas mis à niveau avec les ELT 406 MHz, l’alerte de recherche et de sauvetage retournera effectivement à l’époque des années antérieures à 1980, lorsque le traitement par satellite des signaux des fréquences 121.5 et 243 MHz prendra fin en février prochain.

Voici une suggestion pour les pilotes et les propriétaires d’avions : ne vous contentez pas d’informations au sujet de cet enjeu important provenant d’une seule source. Effectuez vos propres recherches, y compris en vous informant au sujet de la technologie 406 MHz et en visitant des sites Web tels que ceux de COSPAS-SARSAT (www.cospas-sarsat.org) et du Secrétariat national de recherche et de sauvetage (www.nss.gc.ca). Et surtout, pensez-y très sérieusement avant d’embrigader vos amis aviateurs – ainsi que leurs passagers, leurs amis et les membres de leurs familles – dans la lutte contre cette technologie qui sauve des vies.


Carole Smith est la coordonnatrice de projet de « Changez au 406 » au Secrétariat national de recherche et de sauvetage. Elle est également pilote de l’aviation civile ainsi qu’une ancienne directrice d’unité et chef de secteur de l’Association civile de recherche et de sauvetage aériens de l’Ontario.

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Date de modification : 2009-10-22

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