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Les défis de l’entraînement pour les bénévoles en R-S

Les bénévoles de SAR Global 1 déplacent une civière à destination d’une victime lors d’un exercice d’entraînement le 22 novembre 2008.
Photo courtoisie de :
Marc DesRosiers

Par Gerry Godsoe

Il est 3 h 15 en ce dimanche matin de novembre sur les collines de Gatineau, au nord d’Ottawa. Il fait froid, c’est le noir absolu et tout le monde à bord du véhicule de commandement tente de faire monter l’adrénaline et d’atténuer la fatigue en buvant du café. La radio crépite « Commandement, commandement, ici l’équipe trois avec un message prioritaire. » « On vous écoute équipe trois. » « Commandement, nous avons localisé le chasseur disparu. Nos coordonnées sont : 48570 57835. Il est en bonne santé, réagit, bouge et n’a pas de blessures. Nous retournons au poste de commandement. » « Bien reçu équipe trois. Bon travail. Fin de la communication. »

Les bénévoles et professionnels en recherche et sauvetage (R-S) n’attendent que de tels moments. Les dénouements heureux suffisent, à eux seuls, à faire contrepoids à tout le travail administratif, aux campagnes de financement, aux activités de sensibilisation et de recrutement, aux dépenses personnelles et au temps consenti. Que vous soyez le chercheur qui trouve la personne disparue ou le trésorier qui a passé de longues heures, le soir, à équilibrer les comptes, le sentiment de satisfaction ressenti par l’équipe est extraordinaire.

Programme de formation

La formation est un volet essentiel de la R-S. Pour les groupes de bénévoles, la formation est un processus continu parsemé de nombreux défis. SAR Global 1 est un organisme formé de bénévoles qui offre ses services des côtés ontarien et québécois de la rivière des Outaouais. Toutes les recrues prennent part à un programme de formation d’une durée de 50 heures qui tient compte des exigences de formation élémentaire des associations québécoise et ontarienne de bénévoles en recherche et sauvetage ainsi que du programme du Emergency Response Institute. La formation porte sur les compétences essentielles en matière d’orientation, de communications, de premiers soins, de survie, de comportement d’une personne disparue et de techniques de recherche. Pour la dernière journée du programme, l’ensemble du groupe participe à un exercice du début jusqu’à sa fin. Celui-ci vise à intégrer les nouveaux venus et à mettre en pratique toutes les procédures.

Le cours élémentaire de R-S ne constitue qu’un premier pas. Pour assurer le maintien et le perfectionnement des compétences de chaque personne et du groupe, des séances de formation obligatoires ont lieu une fin de semaine par mois, auxquelles s’ajoutent des séances en soirée qui se déroulent à l’intérieur et à l’extérieur. Le comité chargé de la formation doit établir les priorités, fixer les dates de formation plusieurs mois à l’avance, obtenir les permis ou les autorisations et élaborer des scénarios et des unités d’instruction.

La formation continue est axée, en grande partie, sur les compétences acquises à l’occasion du cours élémentaire de R-S, mais comporte également d’autres cours, tels que des cours de premiers soins, de leadership d’équipe, de sauvetage nautique et sur glace, de sauvetage à angle bas, de gestion de la recherche et d’autres cours spécialisés. En 2008, les bénévoles de SAR Global 1 ont suivi près de 2 800 heures de formation. Malgré tout, ces longues heures de formation ne suffisent jamais à s’assurer que les recrues acquièrent une pleine assurance et à permettre aux membres de longue date de revoir leurs connaissances, transmettre leurs compétences et partager leur expérience avec les nouveaux venus.

L’un des plus grands défis pour les comités bénévoles chargés de la formation en R-S est la prestation d’un entraînement réaliste qui pousse les bénévoles à vouloir y prendre part pendant leurs jours de congé (ou en soirée), alors qu’ils pourraient passer du temps avec leur famille ou leurs amis, ou effectuer des travaux à la maison. Ceux et celles qui continuent de se consacrer à la R-S affirment qu’ils apprennent quelque chose de nouveau chaque fois qu’ils sont appelés pour une mission de recherche ou qu’ils participent à un entraînement.

Un autre défi au chapitre de la formation est la tenue d’activités d’entraînement interorganismes et intergroupes. SAR Global 1 oeuvre des deux côtés de la frontière Ontario-Québec et collabore avec plusieurs services de police. Il se situe également à courte distance d’autres groupes de bénévoles en R-S. L’intervention de groupes de R-S dans une autre province pose de sérieuses difficultés même si la ou les personnes disparues peuvent avoir traversé la frontière. Selon l’organisme qui est responsable de la mission de recherche, trois chercheurs sur un sentier peuvent effectuer une « recherche de type 1 » une « recherche rapide » ou une « recherche le long du sentier ». Même les principes de lecture d’une carte risquent de différer. Faudrat- il privilégier l’UTM ou le MGRS? Combien de caractères souhaitezvous dans vos coordonnées cartésiennes monsieur?

Exercice conjoint

Le 19 janvier 2009, le Service de police d’Ottawa a mené un important exercice d’entraînement exécuté avec succès dans la forêt Marlborough, près d’Ottawa, auquel ont participé trois groupes de bénévoles en R-S, soit le Centre régional Rideau – Unité de recherche et de sauvetage, le Ottawa Valley SAR Dog Association et SAR Global 1. Le scénario pour cet exercice portait sur le cas d’un jeune garçon de huit ans disparu dans une zone pourvue de hautes broussailles et de sentiers.

The briefing tent is being set up for the joint exercise.
On dresse la tente de briefing pour l’exercice conjoint.
Photo courtoisie de : Service de police d’Ottawa

Près de 50 agents du Service de police d’Ottawa et 20 bénévoles se sont rassemblés tôt dans la matinée sur une route de campagne secondaire enneigée. Le poste de coordination de la police et les véhicules de soutien se trouvaient déjà sur les lieux et les responsables de la recherche travaillaient fort du côté de la planification. L’un des principaux objectifs de cette journée était de permettre aux nouveaux responsables de la recherche d’acquérir de l’expérience de gestion quant à tous les aspects d’une mission de recherche.

Comme c’est le cas pour les opérations militaires, la planification et la coordination de 70 personnes représente un travail fort exigeant. Le fondement théorique du Système de commandement des interventions, qui clarifie les rôles et responsabilités, aide les responsables de la recherche à comprendre comment l’intervention doit se dérouler. Toutefois, rien ne peut remplacer l’expérience pratique et la tension vécues lors d’un entraînement réaliste.

Au terme de l’inscription des personnes présentes, les responsables ont formé six équipes composées de membres du service de police et de bénévoles. Tous les participants devaient, dans un premier temps, dresser une grande tente pour y donner les briefings. Le coordonnateur de R-S, le sergent Roy Lalonde, a par la suite présenté un briefing et passé rapidement en revue les procédures communes d’utilisation du GPS. Une fois le briefing général terminé, les chefs d’équipe ont renseigné les membres de leur équipe respective sur les tâches qui leur étaient assignées et ont procédé à une dernière vérification de leur matériel et de leur radio. Ils se sont ensuite mis en route, chaussés de raquettes, dans le but de repérer des indices et la personne manquant à l’appel.

It was the ideal kind of weather for a training exercise.

Des conditions idéales pour un exercice d’entraînement.
Photo courtoisie de : Service de police d’Ottawa

Les six équipes ont parcouru une grande étendue de terrain pendant plusieurs heures, en avançant péniblement dans la neige profonde, avant de finalement déceler un indice : une faible voix qui les appelait. La phase de recherche, d’ordinaire la plus longue et la plus difficile, prenait ainsi fin. Les secouristes sont parvenus au garçon, lui ont rapidement donné des soins médicaux et ont entrepris son évacuation. Ils ont une fois de plus réussi à surmonter les embûches que pose le déplacement, dans les bois, d’une personne blessée ou souffrant d’hypothermie en recourant à la puissance musculaire et au moyen de transport mécanisé qu’est la motoneige. De retour au poste de commandement, les équipes ont reçu la mission d’effectuer d’autres exercices dans le cadre desquels elles devaient démontrer leurs aptitudes en orientation, en recherche et en communication.

Tout au long de cet exercice, les membres du service de police et les bénévoles ont fait face aux mêmes types de défis, y compris la gestion de l’information, les capacités organisationnelles, les contraintes relatives aux ressources, les communications, le terrain et les conditions climatiques défavorables, ainsi que les questions de commandement et de contrôle. Les professionnels et les bénévoles ont beaucoup appris et ont constaté leurs forces respectives. Par exemple, les membres du service de police possèdent une plus grande expérience au chapitre des enquêtes sur les personnes disparues, alors que les bénévoles se sentent peutêtre plus à l’aise de s’orienter, la nuit, dans les bois. Les occasions d’entraînement intergroupes, comme celle-ci, sont précieuses. Lorsqu’on arrive sur les lieux d’une mission de recherche au milieu de la nuit, ce n’est pas le temps de rencontrer, pour la première fois, les autres membres de l’équipe élargie ou de s’initier aux différentes procédures.

De plus, il y évidemment les impondérables associés à l’entraînement et à l’expérience qui ne peuvent, toutefois, pas faire l’objet de la formation. Comment former les bénévoles à bien vouloir quitter leur lit douillet et conduire pendant deux heures, en pleine tempête de neige, pour partir à la recherche d’un raquetteur égaré? Comment leur enseigner à composer avec le fait de trouver une personne décédée ou de réconforter un parent affolé? Quoi qu’il en soit, un entraînement régulier, réaliste et exigeant demeure une part essentielle du perfectionnement des groupes de bénévoles en R-S.


Gerry Godsoe demeure à Ottawa. Il doit son expérience du plein air aux scouts, au camping et au canotage en eaux vives. Il est responsable de la recherche et de la formation auprès de l’organisme SAR Global 1 (www.sarglobal1.ca).

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Date de modification : 2009-09-17

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