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CRITIQUE DE LIVRE
True Stories of Rescue and Survival:
Canada’s Unknown Heroes
Par Jeremy Derksen / jderksen@shaw.ca
Coup d’éclat, prouesse d’un
virtuose. Un pilote seul est
égaré dans une tempête de neige
dans l’Arctique après un atterrissage
d’urgence. Il fait un froid glacial. Le
vent se déchaîne à plus de 48 noeuds
et la visibilité est pratiquement nulle.
Si le secouriste saute en parachute
pour effectuer un sauvetage, il mettrait
non seulement sa vie en péril mais
également celle de son collègue
recrue. Que faire?
Les amateurs de films d’action
reconnaissent sans doute ces propos.
Ils s’inspirent en effet du film de
1994 Clanches (Speed en anglais).
Bien que ce rapprochement puisse
sembler étrange, le film à succès
de Keanu Reeves et l’ouvrage True
Stories of Rescue and Survival:
Canada’s Unknown Heroes de
Carolyn Matthews ont un point en
commun. Dans les deux cas, les
secouristes doivent prendre des
décisions très rapides en raison
des situations de vie ou de mort qui
prévalent et leur marge d’erreur est
très mince.
Dans une société où les médias ont
déprécié le mot « bravoure »,
Mme Matthews défend l’idée de
redéfinir les héros modernes. Les
athlètes, les musiciens et les vedettes
de cinéma figurent parmi les célébrités
les plus en vue de l’Amérique du Nord,
mais souvent ils sont peu méritants.
Dans le meilleur des cas, ils sont des
porte-étendards moins valeureux que
les personnes qui, tout en peinant
dans un total anonymat, prennent
des risques pour aider les autres : les
techniciens de recherche et sauvetage
(R-S), les soldats, les membres de la
garde côtière, les agents de police, les
sauveteurs bénévoles, et dans certains
cas, de simples civils. Pour bien de
ces gens, le terme « héros » les rend
mal à l’aise. L’expression « dans
l’exercice de ses fonctions » est peutêtre
un cliché, mais elle correspond
à leur modeste éthique. Malgré tout,
si on accepte cette explication on ne
décrit que partiellement la réalité.
Mme Matthews présente 10 récits de
sauvetages à risque élevé, ainsi que
des commentaires des sauveteurs
et des gens qui ont été secourus,
qui démontrent la bravoure à toute
épreuve du personnel de R-S. En
prenant part à des aérotransports de
sauvetage précaires en montagne,
à des efforts de sauvetage en
mer périlleux et à des recherches
inlassables dans des zones
sauvages, les sauveteurs de ces
récits s’acquittent d’une très lourde
responsabilité.
En relatant chaque histoire,
Mme Matthews souligne adroitement
les détails qui comptent, en cernant
l’urgence et le côté dangereux
de chaque situation. Dans le récit
Jumping into the Abyss, les sauveteurs
risquent de subir le mal de l’altitude
et sautent en parachute en chute
libre dans un canyon rocheux afin
de récupérer les survivants d’un
écrasement d’avion. Lorsqu’un enfant
de huit ans s’égare dans une forêt
dense (A Child is the World), les
agents de police et les chercheurs
bénévoles passent la région boisée
au peigne fin en se relayant pour
effectuer des quarts de 12 heures
éreintants. Dans le récit A Navy Diver
in the Afghan Desert, un spécialiste
des explosifs vérifie la présence de
mines terrestres en territoire ennemi,
afin de dégager la zone pour les
troupes de maintien de la paix, et il est
alors exposé au tir d’un tireur d’élite.
Certes, prendre d’énormes risques
et travailler pendant de longues et
difficiles heures font partie du boulot,
mais c’est la raison pour laquelle ce
travail est extraordinaire et les gens
qui l’accomplissent, exceptionnels.
Outre la mise en évidence des actes
de bravoure méconnus, cet ouvrage
est également un document de
référence fort utile. Chacun des
10 récits présentés dans True
Stories of Rescue and Survival est
une étude de cas concise qui est
autant instructive que divertissante.
L’expérience est certainement la
meilleure forme d’apprentissage,
suivie de près par les exercices
de simulation. Outre la pratique, il
peut s’avérer très bénéfique pour
l’instruction de tirer avantage des
situations exceptionnelles relatées par
des intervenants spécialisés.
Mme Matthews ajoute à chaque récit
des encadrés fort utiles qui servent
de référence, tout en donnant des
détails techniques, notamment sur
les termes propres à l’escalade de
rocher, sur le contenu du sac de survie
d’un technicien en R-S, sur la mesure
d’une distance en noeuds et sur
l’utilisation d’un système GPS. Dans
chaque situation de sauvetage, les
capacités du sauveteur à évaluer les
risques, à réfléchir clairement et à agir
rapidement sont mises à l’épreuve en
raison des détails techniques uniques
de la situation.
En bout de ligne, l’ouvrage pose une
question fondamentale à chaque
sauveteur en exposant les grandes
lignes des dangers éventuels propres
à la R-S. Jusqu’où sont-ils prêts à aller
et sont-ils disposés à risquer leur vie
pour sauver d’autres personnes? Pour
les sauveteurs, la réponse à cette
question est l’une des plus importantes
décisions qu’ils ont à prendre. Ceux
qui répondent par l’affirmative peuvent
apprendre à mieux se connaître,
entrevoir la nature de la véritable
force et ressentir une plus grande
satisfaction envers leur travail. Les
héros des récits de Mme Matthews
en sont la preuve.
Jeremy Derksen a souffert d’hypothermie lors
d’une expédition de ski dans l’arrière-pays, au
parc national Yoho, en Colombie-Britannique, au
début de la vingtaine. Cet événement a éveillé un
intérêt pour les premiers soins et le sauvetage en
milieu sauvage. Il est, depuis cinq ans, membre
de l’Organisation de la patrouille canadienne
de ski et possède une expérience de l’arrièrepays
dans l’ouest du pays. Il est rédacteur de la
chronique de ski du Vue Weekly Magazine et il
a publié des articles dans Unlimited Magazine,
l’Edmonton Journal, le Calgary Herald et le
Regina Leader-Post. Il a également été invité
à des émissions de la chaîne CBC à titre de
spécialiste de l’industrie du ski.
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