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SARSCÈNE - Hiver 1998 |
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TABLE DES MATIÈRES (abrégé)vol 111 de SwissAir |
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Introduction au numéro spécial Déjà, les faits sont gravés dans notre mémoire collective: le vol 111 de Swissair, parti de New York et en route pour la Suisse, sest abattu dans locéan Atlantique non loin de Peggys Cove, en Nouvelle-Écosse. Les 229 personnes qui se trouvaient à bord ont toutes péri dans laccident. Alors que les tristes images défilaient sur les écrans de télévision du monde entier, tous ceux qui les ont vues ont été unis dans la compassion et dans linconcevable horreur de ce qui sétait passé. Toutefois, pour les habitants de la côte sud de la Nouvelle-Écosse, la douleur est demeurée bien après que les caméras de télévision se soient éteintes. Au début du mois de novembre 1998, jai eu le privilège de me rendre en Nouvelle-Écosse et de faire la connaissance de certaines des personnes qui sont intervenues dans la mission de récupération de lépave et de ses débris. Je tiens à remercier tous ceux et celles qui ont pris le temps de me raconter leurs expériences et, en particulier, lagent Everett Densmore et le caporal Archie Mason de la Gendarmerie royale du Canada ainsi que M. Charles Deveau, de la Nova Scotia Ground SAR Association (lassociation de recherche et de sauvetage au sol de la Nouvelle-Écosse). Jennifer Reaney, SNRS [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] Les leçons tirées dune tragédie « Laccident du vol 111 de Swissair nous a appris bien des choses », déclare le major Michel Brisebois, officier responsable du Centre de coordination des opérations de sauvetage (CCOS) de Halifax. « Toutefois, maintenant que tout est fini et que jy repense, je ne changerais aucune des actions fondamentales que nous avons posées. Tout a été bien fait. » Laccident du vol 111 de Swissair sest distingué par bien des aspects. Dans ce CCOS achalandé, les appels qui signalent un aéronef éventuellement en détresse ne sont pas rares. Plus de 500 vols se croisent chaque jour dans le ciel au-dessus de Halifax, soit 207 000 vols par an. Ainsi, lorsque le CCOS a reçu lappel de Moncton le mercredi 2 septembre signalant la disparition au radar dun appareil, personne ne se doutait de lampleur de la catastrophe qui se jouait. Le deuxième appel a confirmé la gravité et lurgence de la situation. Le major Brisebois était rentré chez lui depuis 15 minutes quand il a été rappelé au CCOS. Les téléphones du Centre ne cessaient de sonner alors que trois employés du CCOS (les contrôleurs aérien et maritime et un technicien radio) tentaient de maîtriser la situation. En seulement une heure, 12 personnes travaillaient ensemble pour tenter de prendre les choses en main. « À larrivée du personnel, on a désigné un directeur de recherche chargé dattribuer les tâches, se rappelle le major Brisebois. Ainsi, chaque personne est responsable dune partie précise de la procédure et peut consacrer toutes ses compétences à la tâche qui lui incombe. Les tâches sont ainsi ramenées à une dimension qui les rend réalisables. » La question des médias sest rapidement imposée. Les journalistes nont pas mis longtemps à obtenir les numéros de téléphone du CCOS et les lignes ont bientôt toutes été occupées. Les contrôleurs étaient incapables dobtenir des lignes extérieures pour dépêcher les ressources et les personnes qui attendaient dêtre affectées. Seize employés des affaires publiques du CCOS et de la Marine canadienne ont été chargés de transférer les appels des médias pour libérer les lignes téléphoniques indispensables au CCOS et pour établir une structure de communications. « Nous avons aussi compris quil était important que tous aient accès à un point de contact unique, déclare le major Brisebois. Quand on est à la recherche de renseignements, il est très important de ne pas être obligé de passer au-travers dune liste de personnes-ressources; nous avons donc demandé à des représentants des divers organismes en cause (Swissair, Organisation de mesures durgence, Garde côtière canadienne et Gendarmerie royale du Canada) de faciliter les communications. » Pour simplifier les communications et pour employer efficacement toutes les ressources, la structure de commandement sur place a été retenue et le CCOS sest transformé en centre opérationnel conjoint. La décision a donné de bons résultats : le CCOS a repris la situation en main et en a conservé la maîtrise. La première chose à faire était de délimiter la zone de recherche. « Nous connaissions les dernières coordonnées de laéronef et nous avions aussi reçu par téléphone des rapports provenant de différents endroits de la péninsule Aspotogan. La zone de recherche initiale a été délimitée à 10 milles marins », se rappelle le major Brisebois. Les conditions étaient difficiles : louragan Danielle était récemment passé dans les parages, laissant dans son sillon du mauvais temps et une couverture nuageuse épaisse. Les premières lueurs du jour ont révélé lemplacement de la zone de débris. Le NCSM Preserver a été le premier navire à se rendre sur les lieux et a été désigné comme commandant sur place, responsable du déploiement des ressources et du contrôle des ressources aériennes et maritimes dans la zone. Le jeudi 3 septembre, le major Brisebois et son personnel sont entrés en contact avec le commandant Leblanc de la Garde côtière des États-Unis (USCG) qui sest retrouvé dans une situation comparable lors de laccident du vol 800 de la TWA. Le commandant Leblanc a exposé les leçons quil avait tirées de laccident. Lors de laccident du vol 800 de la TWA, la recherche de survivants a été arrêtée au bout de quelques heures seulement. Cette mesure a éteint tous les espoirs des familles et la USCG a été lourdement critiquée. « Nous avons déployé toutes les ressources dont nous disposions dans la zone, explique le major Brisebois. Des bénévoles récupéraient déjà les débris et, daprès ce que nous avions constaté, nous avions peu despoir de trouver des survivants. Par contre, nous nétions pas prêts à renoncer si tôt. » La décision de poursuivre les recherches a notamment été fondée sur ce que lon sait sur limmersion en eau froide. Les méthodes scientifiques permettent de prédire le temps de survie dune personne plongée dans leau froide, selon son âge et son pourcentage de graisse corporelle. « En nous basant sur le modèle dimmersion en eau froide, nous avons fixé la limite à 36 heures. Toutefois, on ne peut se fier uniquement sur les tableaux de prédiction, dit le major Brisebois. Souvent, on retrouve des gens qui ont survécu dans des conditions terribles bien plus longtemps que les prédictions ne lindiquaient, cest pourquoi nous poursuivons les recherches bien au-delà que ce que révèlent les prédictions. » Comme la zone de recherche était restreinte et avait été fouillée à maintes et maintes reprises par les effectifs aériens et maritimes, lespoir de retrouver des survivants sest estompé rapidement. « On ne veut jamais vraiment sentendre dire, dans une situation, que personne na pu sen sortir, déclare le major Brisebois. Cest un sentiment atroce. Nous laissons toujours le bénéfice du doute, mais à 10 h 30 le vendredi matin, nous avons cédé le contrôle au Bureau de la sécurité des transports et avons rapatrié tous les effectifs primaires de recherche et de sauvetage. » Lors de la rencontre tenue le vendredi soir entre le personnel dintervention durgence et les familles des victimes, le major Brisebois a dû annoncer à plus de 600 proches quon avait renoncé à tout espoir de retrouver des survivants. « Ma responsabilité est face au public canadien et aux familles des passagers du vol 111 de Swissair, déclare-t-il. Les familles ont besoin de savoir que tout ce qui pouvait humainement être fait la été. Elles ont le droit de tout savoir. » Jennifer Reaney, SNRS [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] Lorsque le vol 111 de Swissair sest abattu dans locéan non loin de Peggys Cove, en Nouvelle-Écosse, les pêcheurs locaux, dont bon nombre sont membres de la Garde côtière auxiliaire canadienne (GCAC), ont été les premiers à parvenir sur les lieux de laccident. « Nous navons pas mis bien longtemps à comprendre quil ne sagissait pas dun incident mineur », déclare Jack Gallagher, directeur, Sauvetage, sécurité et intervention environnementale, région des Maritimes. « Nous avons dû mobiliser toutes nos ressources en prévision dun séjour prolongé. » La Garde côtière canadienne (GCC) a réagi rapidement et a dépêché de nombreux navires sur les lieux, y compris le NGCC Hudson, le NGCC Mary Hichens, le NGCC Simon Fraser, le NGCC Earl Grey (muni dun éperon pour repêcher les débris), le NGCC Matthew (équipé dun sonar à balayage latéral multifaisceau pour créer des images tridimensionnelles du fond de locéan) et le NGCC Sambro (premier navire du gouvernement à se rendre sur les lieux). Outre ces navires, 14 embarcations de sauvetage rapide et plus de 15 vaisseaux de la GCAC ont participé à la vaste opération de récupération. Des hélicoptères de la Garde côtière ont assuré le soutien des équipes qui fouillaient les îles et le littoral. « En coulisses, nous avions des équipes de mécaniciens qui travaillaient de nuit pour quau début de chaque période dintervention, tous les navires aient été décontaminés, remplis de carburant et réparés et soient prêts à appareiller », déclare Jack Gallagher. « Il y a aussi les gens qui ont travaillé pour éviter que nos réseaux informatiques ne tombent en panne. Et si nous avons pu mener cette opération à terme, cest parce que nous jouissions de lappui inconditionnel de nos supérieurs, qui tenaient à ce que nous fassions bien les choses, peu importe ce quil en coûterait. » Sur le plan des ressources et du coût, Jack Gallagher affirme que son budget annuel au complet aurait été épuisé au bout de la troisième journée de lintervention. « Les coûts sont énormes, dit-il. Quand on pense aux effectifs, aux navires, au carburant, à lentretien, aux communications, sans oublier quil faut nourrir et loger tous les intervenants, cest ahurissant. » Les navires de la Direction générale de la conservation et de la protection du ministère des Pêches et des Océans ont également participé aux recherches. « Le Bureau de la sécurité des transports a fixé les limites dune zone fermée et nous a confié le soin de patrouiller le périmètre pour bloquer laccès aux navires non autorisés », déclare Gary Hutchins, agent des Pêches. Les navires du gouvernement et de la GCAC étaient faciles à reconnaître, mais dans bien des cas, les agents ont dû ordonner aux médias et aux curieux de rebrousser chemin. Lun des moments les plus épineux a été celui de larrivée déquipes nouvelles sur les lieux de la mission. « Toutes avaient besoin dêtre formés à leur arrivée, déclare Gary Hutchins. Cet endroit nest pas facilement navigable dans les meilleures circonstances et, quand les recherches se déroulent à proximité du littoral, il faut prendre des précautions particulières. Ainsi, pendant toute la mission, nous donnions sans arrêt des programmes de formation. Par contre, leffort en a valu la peine puisque toutes les recherches ont été menées sans quil nesurvienne un seul problème de sécurité. » Selon Bruce Henderson, coordonnateur de la formation en recherche de la GCC de Sambro, cest lappui de la collectivité qui a fait toute la différence pour les chercheurs en mer. « Pratiquement sans exception, tous ont voulu rester jusquà la toute fin, se souvient-il. Même quand les conditions étaient réellement mauvaises, les gens étaient prêts à travailler nimporte où, en tout temps. Leffort civil a été énorme, depuis les chercheurs aux habitants qui nous ont apporté de la nourriture et qui se sont efforcés de veiller au confort de tous. » « Nous avons collaboré étroitement avec la Garde côtière, la GCAC, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et les bénévoles. Cétait un réel plaisir de travailler avec tous ces autres organismes et il régnait un esprit de collaboration absolue entre nous tous, se rappelle Gary Hutchins. Nous partagions tous le même objectif, celui de veiller à ce que tout ce qui pouvait être fait soit bien fait. » La GRC a aussi participé aux recherches en mer avec ses propres bateaux et pilotes. Lagent Vince Wood, du détachement de Tantallon, a lui aussi apprécié leffort communautaire. « Du côté opérationnel, pour nous, cétait plutôt routinier, dit-il. Notre formation est la même partout et nous savons comment recueillir des preuves, mais la durée de cette recherche et la nature des preuves que nous recueillions étaient loin dêtre ordinaires. » Le travail en équipe et lesprit de corps qui ont caractérisé les opérations menées depuis Yankee Cove ont certainement frappé lagent Wood et les autres chercheurs en mer. « Il est toujours agréable de travailler avec des gens quon ne connaissait pas avant et la collectivité a été extraordinaire », déclare lagent Wood. Pour les chercheurs en mer, la protection de la zone de recherche se poursuivra jusquà larrivée de lhiver, qui signifiera la fin des opérations de dragage. Selon lissue des enquêtes, les recherches pourraient reprendre au printemps 1999 ou être closes pour de bon. Jennifer Reaney, SNRS. [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] Les défis posés par la recherche Si la mission Swissair a pu sembler impossible aux personnes qui en lisaient les comptes rendus dans les journaux, elle ne constituait rien dinsurmontable pour les équipes de recherche et de sauvetage au sol de la Nouvelle-Écosse. « Ce nest pas si compliqué lorsquon est organisé », déclare Brian Russell, directeur de recherches de Halifax Regional SAR. « Nous disposons dun système solide et ne manquons pas de chercheurs. Bien des choses jouaient en notre faveur en raison de tout le travail qui a été fait ici. » Cependant, M. Russell admet que la mission Swissair a poussé les bénévoles à bout, principalement en raison de lépreuve à laquelle ils étaient confrontés et de la durée de la recherche. « Les deux premiers jours, il est arrivé à maintes reprises que nous fouillions les plages sans comprendre que ce que nous trouvions était des restes humains, se souvient-il. Au début, cest insupportable, puis on se console en se disant que chaque découverte va peut-être permettre didentifier une victime et de soulager une famille. Cest comme ça quon arrive à continuer, même quand cest dur. » Le terrain a posé bien des difficultés pour les chercheurs. La péninsule Aspotogan est traître : le littoral est rocheux et coupé de falaises escarpées et de forêts denses. Les chercheurs exténués ont fouillé les plages alors que les cailloux glissants cédaient sous leurs pieds. À certains endroits, ils étaient incapables descalader les falaises et devaient continuer à longer les plages. À lintérieur des terres, les chercheurs ont dû composer avec un terrain au relief sans cesse changeant, passant de clairières rocheuses à des boisés touffus et à des marécages. Le 22 septembre, au milieu de la mission Swissair, les équipes ont été dépêchées à la recherche dune femme âgée de 71 ans qui avait été portée disparue. La température baissait et vu le relief dangereux du terrain, les chercheurs craignaient le pire. Toutefois, la femme a été retrouvée saine et sauve le lendemain matin. « Le fait de retrouver une personne en vie a remonté le moral de tout le monde, ça nous a ramené un peu à la normale, explique M. Russell. Aussi, nous avons retrouvé en quatre heures un chasseur qui sétait égaré près de laéroport de Halifax... ça aussi, ça nous a fait du bien à tous. » En coulisses Sacs pour pièces à conviction, sacs à ordures, trois types de gants, de leau, sacs de corde à lancer, repas, matériel de premiers soins : à lintérieur de lune des trois caravanes du poste de commande Whale Back, les tables disparaissent sous le matériel dont devait se munir chaque chercheur au sol avant de reprendre les recherches pour la journée. Le suivi de linventaire, le contrôle des personnes qui passaient en ces lieux achalandés, sans oublier lobligation de rendre compte de tout ce qui avait été acheté dans les commerces de lendroit ou donnés par divers organismes, ont constitué un véritable tour de force. « Au plus fort de la recherche, 800 bénévoles sont passés ici en une journée », se souvient Chris Hubley, officière de logistique du poste de commande Whale Back. « Nous devions nous assurer que chaque bénévole était muni de tout le matériel dont il avait besoin et quil savait comment sen servir. » La mission Swissair était en somme une recherche de preuves de grande envergure. Les bénévoles devaient donc savoir comment récupérer les pièces de lavion, en évitant de se blesser avec les pièces métalliques coupantes ou les résidus de carbone. Quant aux restes humains, les chercheurs devaient suivre les techniques appropriées pour ne pas les contaminer avec leur propre ADN. Les fournitures et provisions ont afflué des quatre coins du Canada cartes, nourriture, boissons, caravanes, couvertures, articles de toilette et de la collectivité locale. « Nous avons tenu le compte de tout, déclare Lorraine Carroll, également officière de logistique. Outre linventaire et la gestion de leffectif, nous devions gérer le site, y compris les véhicules, le carburant, tous les reçus et tout largent. » Chris Hubley a dû rajuster le tir complètement lorsquelle sest retrouvée au téléphone en train de demander à des gens dapporter des provisions ou du matériel au site. « Les gens ont bien ri, parce dhabitude, jessaie toujours de tout faire en dépensant le moins dargent possible, dit-elle. Je sais à quel point nous avons du mal à recueillir des fonds, alors jessaie dêtre aussi ingénieuse que possible. Toutefois, dans le cadre de cette mission, cétait vraiment bizarre pour moi de simplement téléphoner à quelquun pour lui demander dapporter quelque chose. » Huit autres recherches se sont déroulées en Nouvelle-Écosse en même temps que la mission Swissair. Les ressources des équipes ont été étirées au maximum, et les bénévoles ont travaillé de longues heures. « À mon avis, les premières semaines, nous étions ici de cinq heures du matin à neuf heures du soir, déclare Chris Hubley. Ensuite, cétait le retour à la maison, les moments passés avec les enfants, quelques vagues tentatives pour effectuer des corvées domestiques, sans oublier les montagnes de paperasse que nous ramenions chez nous du poste de commande. Au bout de tout cela, quand on avait réussi à se calmer assez pour sendormir, cétait beau si on finissait par dormir quatre ou cinq heures. » De sa lourde mallette, Chris Hubley extrait des calendriers : toutes les cases du mois de septembre portent la mention Swissair. Elle indique à quel moment les autres recherches ont eu lieu et les semaines où elle a repris ses fonctions professionnelles à la Commission des accidents du travail. « Tous nos employeurs méritent dêtre félicités, dit-elle. Dans la plupart des cas, ils se sont montrés prêts à laisser aller les chercheurs au sol bénévoles pour que ceux-ci puissent se consacrer aux recherches. Par contre, je connais aussi bien des gens qui ont utilisé leurs congés rémunérés de lannée prochaine ou leurs congés de maladie pour pouvoir participer aux recherches. Les gens veulent continuer jusquau bout, jusquà ce que les recherches soient terminées. » Lorraine Carroll a été recrutée par lentremise du bureau de police communautaire de Beaverbank, où elle travaille bénévolement toutes les semaines. « Après cette expérience, jai demandé à être recrutée par léquipe Halifax Regional SAR », dit-elle en souriant. Léquipe Halifax Regional SAR compte 130 membres, y compris sept personnes responsables des alertes, ce qui signifie que léquipe peut être prête à entreprendre une recherche très rapidement. « Nous nous attendons à ce que dautres personnes se joignent à léquipe au terme de cette expérience, déclare Brian Russell. Chaque fois quil y a une recherche médiatisée, nous attirons des nouveaux membres. Bien sûr, il ne reste pas tous. Certains perdent lintérêt lorsquils se rendent compte de lampleur de la formation exigée et du temps quils doivent consacrer. » « Aussi, quand la recherche et le sauvetage prennent un aspect personnel, quils touchent une famille, nous recrutons des nouveaux membres, dit-il. Si vous interrogiez les membres des équipes de recherche et de sauvetage de la Nouvelle-Écosse, et probablement de toutes les autres régions du Canada, vous trouveriez probablement chaque fois un membre qui sest joint à léquipe parce quun membre de sa famille a été retrouvé, mort ou vivant, par une équipe de recherche bénévole. Cest comme nimporte quelle autre ressource, on en ignore lexistence et la valeur tant quon a pas soi-même à y faire appel. » Le caractère troublant de ce que les chercheurs ont dû affronter tous les jours, lors de la mission Swissair, a été accentué par le fait que lépreuve sest déroulée chez eux, dans leur collectivité. Comme les chercheurs ne peuvent se distancer des souvenirs physiques de la recherche, il leur est dautant plus difficile de faire face à ce drame. « Leau a toujours été un répit pour moi, déclare Chris Hubley. Avant, je me sentais toujours détendue et à laise, chez moi, quand je contemplais locéan. Maintenant, en sachant ce qui est arrivé à tous ces gens, je ne vois plus les choses de la même façon. » « Pour moi, déclare Lorraine Carroll, cest le poisson. Je suis incapable de regarder un poisson, encore moins den manger. Jai vu ce qui est sorti de leau, et cest difficile dy penser de la même façon maintenant. » « Cela va prendre du temps, affirme Chris Hubley. Je viens de vivre 58 jours en enfer. » Jennifer Reaney, SNRS [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] La mission Swissair a donné lieu à une foule de témoignages de bonté et de lutte personnelle. Il est impossible de tous les rapporter en détail, mais en voici quelques aperçus.
[ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] La recherche et le sauvetage au sol en Nouvelle-Écosse La recherche et le sauvetage au sol en Nouvelle-Écosse sont devenus, avec le temps, des ressources dintervention hautement formés, bien équipés et motivés au service de la province et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ayant fait systématiquement ses preuves par son efficacité et son utilité comme service dintervention immédiate dans les cas de personnes égarées ou disparues dans toute la province, le milieu de la recherche et du sauvetage au sol de la Nouvelle-Écosse assume désormais un rôle nouveau, qui nest pas sans poser de défis, celui de participer aux recherches de preuves définies dans le Code criminel. Dans ce domaine, les intervenants en recherche et sauvetage au sol se sont distingués par leur souplesse, leur habileté et leur dévouement supérieurs lorsquils ont fourni une aide précieuse à la GRC au cours denquêtes criminelles de grande envergure. À lheure actuelle, le programme provincial de recherche et de sauvetage est fondé sur un partenariat tripar-tite entre la Nova Scotia Ground Search and Rescue Association (NSGSARA, association de recherche et de sauvetage au sol de la Nouvelle-Écosse), lOrganisation de mesures durgence (OMU) et la GRC. En 1997, la NSGSARA comptait 1 550 membres répartis entre 26 équipes disséminées dans toute la Nouvelle-Écosse. Les équipes locales sont encadrées par 58 commandants sur place, trois coordonnateurs de zone et un coordonnateur provincial, qui sont tous des membres réguliers de la GRC. En 1997, 74 recherches de personnes égarées ont été menées dans la province; les bénévoles en recherche et sauvetage ont consacré 52 000 heures-personnes opérationnelles en tant quenquêteurs pour la GRC. Les agents de liaison avec les médias et les commandants sur place ont travaillé 5 000 heures. De plus, les bénévoles en recherche et sauvetage ont consacré 2 500 heures-personnes supplémentaires à vingt recherches de preuves menées en Nouvelle-Écosse la même année. Lors de la récente mission du vol 111 de Swissair, les bénévoles de la NSGSARA sont intervenus. Ils ont assumé près de 400 affectations de tâches représentant plus de 40 000 heures-personnes pour retrouver des restes humains, des effets personnels et des fragments daéronef sur le littoral et les îles de la rive sud. Plus de cinq tonnes de débris et des milliers de kilogrammes de restes humains ont déjà été retrouvés; les recherches se poursuivent. Les normes de formation en recherche et sauvetage qui sont en vigueur en Nouvelle-Écosse ont servi dinspiration dans dautres régions du Canada, en Europe et en Nouvelle-Zélande, et elles ont été adoptées par lÎle-du-Prince-Édouard et le Québec. En 1997, trois cours à lintention des directeurs de recherches ont été donnés dans la province par le coordonnateur de recherche et de sauvetage de la GRC et par la NSGSARA, sans oublier les nombreuses séances de formation se donnant continuellement dans toutes les disciplines qui doivent être maîtrisées pour assurer des services de recherche et de sauvetage efficaces. Bénévolement, les équipes de recherche et de sauvetage au sol ont effectué des recherches pendant soixante jours, soit pendant 47 périodes opérationnelles, tout en fournissant systématiquement un service de qualité irréprochable. Elles ont créé un précédent et se comparent aux organismes de recherche et de sauvetage professionnels quant à la durée des opérations et au respect de normes professionnelles supérieures. « En Nouvelle-Écosse, les équipes bénévoles de recherche et de sauvetage au sol interviennent sur le même pied que la GRC et lOMU », déclare Charles Deveau, président de la NSGSARA et membre de Yarmouth Search and Rescue. « La formation qui est dispensée conjointement avec la GRC signifie que nos membres peuvent être appelés à effectuer des recherches de preuves dans le cadre denquêtes criminelles parce quils ont suivi la formation requise pour savoir comment manipuler correctement des preuves. Cette formation sest certainement avérée précieuse lors de la mission Swissair. » Grâce au rapport étroit entre la NSGSARA et la GRC, un agent de la GRC qui désire devenir commandant sur place en recherche et sauvetage na quà sadresser à léquipe bénévole locale de recherche et de sauvetage au sol pour obtenir la formation et la certification nécessaires. De même, durant la mission Swissair, les bénévoles ont été appelés à participer à une recherche de preuves dans le cadre dune enquête sur un double meurtre survenu à Blandford. Les forces policières régionales étudient en ce moment la possibilité de faire également appel aux équipes bénévoles pour les recherches de preuves. La formation conjointe avec dautres organismes, comme la Garde côtière auxiliaire canadienne et lAssociation civile de recherche et sauvetage aériens (ACRSA), a lavantage de préparer les équipes encore mieux en prévision des incidents de recherche et de sauvetage. « Nous sommes très fiers de tous nos membres, déclare Charles Deveau. Ils se sont distingués pendant la mission Swissair et on peut espérer que les gens sont maintenant plus conscients de leur rôle. Ils ont réellement pris en main la mission et nont pas cessé de travailler tant que tout ce qui était possible navait pas été fait. » Agent Everett Densmore, coordonnateur de la recherche et du sauvetage au sol, Division H de la GRC [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] Lévolution de la recherche et du sauvetage au sol en Nouvelle-Écosse En 1986, alors quil visitait la Nouvelle-Écosse avec ses parents, Andrew Warburton a disparu dans les bois. En dépit des efforts de milliers de bénévoles et de policiers, Andrew na pas été retrouvé en vie. Lorsquils ont quitté la Nouvelle-Écosse, les parents dAndrew ont déclaré : « Andrew nest peut-être pas mort en vain si les gens dici ont appris quelque chose ». En effet, la recherche Warburton a fait ressortir plusieurs problèmes associés à la façon dont les opérations de recherche et de sauvetage se déroulaient dans la province. Il nexistait pas de structure de communication efficace, ce qui entravait les efforts de recherche; les équipes travaillaient mal ensemble parce que la formation quelles avaient reçue et leurs structures organisationnelles nétaient pas les mêmes; enfin, la gestion de la recherche et du sauvetage était inefficace. « En 1986, les équipes se servaient doutils de gestion de la recherche et de sauvetage très répandus », se souvient lagent Everett Densmore, coordonnateur de la recherche et du sauvetage au sol de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). « Toutefois, il existait du matériel et des programmes de formation supérieurs et le cas Warburton a révélé que nous devions changer notre façon de faire les choses. » Densmore a donc fait appel à la National Association for Search and Rescue (NASAR), en Virginie, et à la Structure de commandement sur place (Incident Command Structure, ICS). Ce cours approfondi de gestion de la recherche et du sauvetage aborde tous les aspects dune recherche. Il a dabord été donné aux agents de la GRC qui lont ensuite donné aux directeurs des équipes civiles de recherche et de sauvetage au sol de la province. Au moment de la recherche Warburton, seulement cinq agents de la GRC étaient formés comme commandants dincident de recherche et de sauvetage. Au cours des quelques années qui ont suivi, plus de 50 personnes ont suivi la formation de lICS. Cette nouvelle structure de commandement a amélioré les services et luniformité entre les 26 équipes bénévoles de recherche et de sauvetage de la province. Depuis 1986, le système de recherche et de sauvetage au sol de la Nouvelle-Écosse a évolué et la province est aujourdhui considérée comme lun des chefs de file dans le domaine. Plus de 1 500 bénévoles compétents en recherche et sauvetage au sol forment la Nova Scotia Ground Search and Rescue Association (NSGSARA) et collaborent étroitement avec la GRC. Lorsquun incident de recherche et de sauvetage survient, le service de police responsable et lorganisation de mesures durgence de la province contactent un seul organisme, la NSGSARA. Chaque équipe reçoit une formation en ICS, et les membres des équipes suivent tous la même formation en recherche et sauvetage. Au cours de la mission de récupération du vol 111 de Swissair, cette uniformité était cruciale. « Pendant la mission Swissair, une équipe pouvait facilement être formée de personnes venant de Cheticamp, de Yarmouth, dHalifax et de Digby. Elles pouvaient toutes travailler ensemble parce quelles avaient suivi la même formation, déclare Densmore. Cela nous a facilité la tâche de savoir que nous pouvions réaffecter les chercheurs et déployer rapidement et efficacement des équipes compétentes, tout en sachant quelles étaient capables de bien accomplir la tâche qui les attendait. » Densmore est très fier du travail effectué par les équipes de recherche et de sauvetage au sol de la Nouvelle-Écosse. « LAssociation et tous ses membres travaillent si fort depuis si longtemps, dit-il. Le programme de la Nouvelle-Écosse est le meilleur parce que les effectifs de recherche et de sauvetage au sol ont accompli de façon supérieure un travail difficile. » Jennifer Reaney, SNRS, entrevue avec lagent Densmore [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] |
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| Les
chercheurs : équipes bénévoles de recherche et de sauvetage au sol de la
Nouvelle-Écosse Les équipes suivantes ont assuré la recherche et le sauvetage au sol lors de la mission Swissair. Elles sont toutes constituées de chercheurs et de sauveteurs au sol compétents, formés et certifiés qui ont travaillé sans relâche, en terrain périlleux, pour recueillir des preuves dans le cadre de lenquête qui a suivi laccident davion. |
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| Annapolis
County Ground SAR Barrington Ground SAR Cape Breton Ground SAR Colchester County Ground SAR Clare Ground SAR Digby Ground SAR East Hants SAR Eastern Shore Ground SAR Fundy Ground SAR |
Halifax Regional SAR Inverness Ground SAR Lunenburg Ground SAR Middle Musquodoboit Ground SAR Queens County Ground SAR (North and South) North Shore Search and Rescue |
Pictou
County Ground SAR Pugwash Ground SAR Cheticamp SAR Sheet Harbour SAR Springhill SAR Strait Area Mutual Aid Society Valley Ground SAR West Hants Ground SAR Yarmouth County SAR |
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[ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] Comme nimporte quel désastre, laccident du vol 111 de Swissair a attiré lattention des médias du monde entier. En revanche, quand une collectivité de 60 personnes est envahie par des camions satellites et par les journalistes, il en ressort des anecdotes intéressantes, qui ne sont jamais relatées dans les journaux ou à la télévision.
[ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] Les chercheurs et sauveteurs bénévoles au sol, les pêcheurs et le personnel de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), de la Garde côtière, du ministère des Pêches et des Océans et des Forces canadiennes qui sont intervenus après laccident du vol 111 de Swissair pourraient éprouver de la difficulté à faire face, sur le plan émotionnel, à ce quils ont vécu. « La vie est comme un placard », explique Garry Hicks, coordonnateur du Programme daide aux employés de la GRC. « Une expérience éprouvante est comme une boîte à chaussures. Chaque fois quune personne doit faire face à une situation stressante, elle range une autre boîte à chaussures dans son placard. À un moment donné, le placard est plein. Les services dintervention pour les victimes de stress post-traumatique ont pour objet de soulager la pression avant que le placard nexplose », déclare Garry Hicks. Des services dintervention pour les victimes de stress post-traumatique ont été fournis par la GRC, Santé Canada et la Croix-Rouge canadienne aux personnes qui ont participé à la mission Swissair. Il est difficile de combattre lidée que la détresse émotionnelle est un signe de faiblesse, surtout auprès des intervenants en cas durgence professionnels. « Bon nombre de ces intervenants se disent : " ce genre de chose fait partie de mon travail, je suis capable dy faire face ", déclare Garry Hicks. Malheureusement, il demeure quun stigmate négatif est associé à la notion de santé mentale. » « Nous devons constamment rappeler aux gens que leur réaction est simplement celle de gens normaux qui se trouvent plongés dans une situation anormale, déclare Garry Hicks. Nos conseillers laissent les gens se former une image mentale de ce quils ont vu et entendu pour ensuite normaliser leurs réactions. » En Nouvelle-Écosse, la GRC dispose actuellement de 29 conseillers qui offrent des services aux victimes de stress post-traumatique; 18 dentre eux sont également aumôniers. La GRC emploie également à plein temps un psychologue qui complète la gamme de ressources mises à la disposition des membres de la Gendarmerie. « Il est réellement important de veiller à noublier personne, déclare Garry Hicks. Cest pour cette raison que nous avons adopté une entente qui permet à tous les bénévoles qui éprouvent le besoin de se prévaloir de services dorientation supplémentaires dy avoir accès par le biais de lOMU (organisation de mesures durgence). » Le stress associé à laccident du vol 111 de Swissair naffecte pas seulement les chercheurs : leurs familles sont aussi touchées. Pour les aider à faire face aux conséquences de la tragédie sur leur vie personnelle, des séances dinformation ont été organisées et des documents daide ont été distribués. Même les conseillers ne sont pas à labri et courent le risque dêtre victimes de ce que Garry Hicks appelle « lépuisement de compassion ». Tous les intervenants assistent donc à des séances dinformation pour les aider à faire face à lépuisement émotionnel qui survient lorsquune personne est appelée à conseiller un grand nombre de personnes pendant une période prolongée. « Nous espérons réellement que nous noublions personne, déclare Garry Hicks. Par contre, le temps est un facteur important, et je pense quil devra sécouler une période considérable avant que les conséquences émotionnelles de la tragédie Swissair commencent à sestomper. La guérison est parfois longue, mais nous sommes prêts à aider les gens aussi longtemps que ce sera nécessaire. » Jennifer Reaney, SNRS [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] La résolution du mystère du vol 111 de Swissair Il est difficile de croire que les boîtes remplies de filage, de pièces de métal et de matériau isolant entreposées dans le hangar de la BFC de Shearwater sont tout ce qui reste du vol 111 de Swissair. Dénormes photographies du MD11 reposent contre les murs; les équipes disséminées dans tout le hangar trient les débris à mesure quils sont livrés. Ces équipes de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), du Bureau de la sécurité des transports du Canada, de Swissair et dautres organismes décontaminent, trient, photographient et documentent chaque pièce recouvrée par les chercheurs. Au cours du tri initial, on estime la valeur de chaque pièce à titre de preuve, selon quelle peut être attribuée à une partie de lavion ou quelle se distingue par un type de dommage. Le jour de ma visite, 26 conteneurs de débris ramassés par des dragueurs à pétoncles sont arrivés au hangar. Les enquêteurs utilisent un dispositif qui ressemble à un porte-poussière pour retirer les pièces des boîtes profondes et pour les examiner. Un numéro de référence est attribué à chaque grande boîte, ou Tri-Wall (type demballage dexpédition en carton ondulé triple cannelure), puis les boîtes sont toutes triées en fonction de leur contenu. Les pièces auxquelles une forte valeur probante nest pas attribuée sur-le-champ sont rangées à dautres endroits et seront examinées de nouveau à une date ultérieure. Alors que je déambule entre les grosses boîtes, jai du mal à imaginer quil soit possible dexaminer toutes ces preuves pour déterminer la cause de laccident. Les kilomètres de filage rapportés par les chercheurs sont scrutés par des spécialistes. Chaque élément de preuve peut révéler quelque chose. Un fil noirci, dont le cuivre est fondu ou qui porte des marques darc électrique indique aux enquêteurs à quelle distance il se trouvait de la source de chaleur, à quelle température sest produite la combustion du fil et sil a brûlé en cours de vol. Un fil qui nest pas endommagé est également important puisque le numéro de série sur la gaine du fil figure également sur les plans du MD11 et indique donc à quels endroits il ne sest pas produit dincendie dans le vaste réseau électrique de lappareil. Toutes les pièces qui sont couvertes de suie, fondues ou décolorées en raison dune exposition à une température excessive sont marquées « incendie ». Elles sont ensuite lavées délicatement dans un bain deau douce qui, bien quil enlève la suie, contribue à préserver la preuve. Les pièces sont ensuite séchées et marquées. Les enquêteurs utilisent trois méthodes pour indiquer la provenance dune pièce : celles qui sont marquées dun « X » proviennent dun axe horizontal qui court le long du fuselage. Laxe « Y », parallèle aux ailes de lavion, permet de déterminer si les débris proviennent de la gauche ou de la droite de cet axe central. Les pièces marquées « Z » proviennent de laxe vertical. Une fois que la position dorigine dune pièce est transférée sur un plan de coordonnées, elle est classée selon les points X, Y ou Z qui seront éventuellement incorporés à un grand montage qui permettra aux enquêteurs de reconstituer le MD11 à partir des débris récupérés. Le transfert des points de coordonnées se fait sur une maquette (le montage) et au moyen de modèles informatiques et des techniques de réalité virtuelle. La peinture peut aussi révéler bien des choses aux enquêteurs. Les flammes décolorent la peinture. Chaque peinture réagit différemment à la chaleur; celle-ci provoque de nombreux changements de couleur. Par exemple, la peinture « FR Primer » est verte, mais elle peut virer au brun clair, au brun foncé ou au noir, voire même disparaître complètement et laisser le métal à nu, lorsquelle est exposée à la chaleur. Le personnel de laboratoire peut donc dresser un profil de température de chaque pièce métallique. En comparant ces profils, les enquêteurs peuvent déterminer à quelle distance de lincendie se trouvait chacune des pièces. Le métal lui-même peut aussi se modifier en fonction des températures auxquelles il a été exposé. Les enquêteurs contrôlent également la dureté des métaux et la conductivité. De plus, lexamen des pièces sous un microscope à balayage électronique très puissant permet de recueillir des données optiques très utiles, comme un rebord empenné, ou un rebord qui ressemble aux brins dun balai de paille ou des fissures dans le métal, autant déléments qui renvoient également à lexposition à la température. Les restes humains révèlent aussi beaucoup aux enquêteurs. Les corps sont reconstitués au moyen de programmes informatiques et, une fois lidentité établie au moyen de lADN, le personnel consulte les listes des passagers et des numéros de sièges pour voir sils peuvent en déduire une progression, selon les restes découverts et lemplacement original des passagers dans chaque section de lappareil. Certains ont demandé jusquà quel point les restes humains sont examinés, puisque la cause de décès nest certainement pas en doute dans des circonstances comme celles-ci. Toutefois, comme les preuves physiques qui proviennent de lappareil même, les restes humains peuvent aussi fournir énormément dindications aux enquêteurs. En somme, les corps des victimes sont également des enregistreurs de données de vol. Le corps humain absorbe les produits chimiques et les gaz qui se trouvent dans son environnement immédiat; les tests toxicologiques post-mortem auxquels sont soumis les tissus peuvent révéler, par exemple, si une personne était entourée de fumée au moment de son décès. Selon lendroit où la personne était assise dans lappareil, les enquêteurs disposent de données supplémentaires pour fixer lemplacement de la source de chaleur. La découverte de traces dADN sur des pièces métalliques ou du tissu de lavion permet aux enquêteurs détablir des renvois entre les résultats quils ont obtenus. Outre la découverte de la cause de laccident du vol 111 de Swissair, les enquêteurs peuvent aussi utiliser leurs conclusions pour contrôler le matériel de sécurité utilisé à bord de laéronef. Par exemple, lutilisation de cagoules anti-fumée aurait-elle amélioré les chances de survie des passagers? Des sièges conçus efficacement pour protéger les gens en cas durgence auraient-ils aidé? Personne ne sait combien de temps sécoulera avant que lon apporte une réponse aux centaines de questions qui ont été soulevées par laccident. Toutefois, les enquêteurs qui se penchent sur sa cause, tout comme ceux qui ont enquêté sur laccident du vol 800 de la TWA, savent quils tireront de cette enquête des leçons précieuses qui seront sans aucun doute très utiles au cours denquêtes futures. Jennifer Reaney, SNRS [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] La GRC remet des médailles de 25 ans de service bénévole en recherche et sauvetage au sol Les bénévoles en recherche et sauvetage au sol prennent leur engagement très au sérieux et, pour bon nombre dentre eux, le moment où ils se joignent à une équipe marque le début dune longue participation aux activités de recherche et de sauvetage. Récemment, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Nouvelle-Écosse a décoré les bénévoles en recherche et sauvetage qui se dévouent à la cause depuis plus de 25 ans. On décerne déjà des épinglettes et des certificats de service pour marquer cinq, dix ou vingt ans, mais la GRC a réalisé quil nexistait pas de reconnaissance officielle pour ceux qui ont accumulé plus de vingt ans de service. On a donc demandé au caporal Archie Mason, coordonnateur des projets spéciaux en recherche et sauvetage de la GRC, détudier la possibilité de créer un prix de reconnaissance de 25 années de service bénévole. Après maintes consultations auprès des commandants sur place de la GRC en Nouvelle-Écosse, il a été décidé de créer une médaille de style militaire pour rendre hommage au service de longue date. « Nous cherchions à exprimer dune façon officielle et profonde lappréciation de la GRC devant ce que les bénévoles accomplissent dans cette province », explique le caporal Mason. Donald Bell, orfèvre de Bedford, a aidé le caporal Mason à concevoir la médaille, qui est en argent massif. Plus dun an sest écoulé entre la conception et la frappe de la médaille et la création du ruban par Toye, Kenning and Spencer Ltd de Bedworth, en Angleterre. Le ruban a été consigné au registre officiel de la Grande-Bretagne des médailles militaires et médailles de service décernées dans le Commonwealth afin quaucun autre organisme ne puisse se servir du ruban retenu pour les médailles de service destinées aux bénévoles. Frappées par M. Bell, les médailles en argent portent lécusson de la GRC et les mots « Ground Search and Rescue » sur leur face avec les points cardinaux et les mots « 25 years of faithful service » au dos. Cette année, 18 personnes ont reçu une médaille lors de lassemblée générale annuelle de la Nova Scotia Ground Search and Rescue Association (association de recherche et de sauvetage au sol de la Nouvelle-Écosse NSGSARA). Compte tenu du nombre élévé de bénévoles dans la province, on peut sattendre à ce que de nombreuses autres médailles soient remises à ces personnes dévouées au cours des années à venir. « La crédibilité des médailles est le fait des personnes auxquelles elles sont décernées », déclare le caporal Mason. [ Ci-haut | Retour à la page d'accueil du SARSCÈNE ] Il est difficile de saisir la douleur profonde éprouvée par les familles et les amis des passagers du vol 111 de Swissair. Dabord terrassés par le choc et le chagrin, ils ont ensuite franchi locéan pour se rendre à Halifax où ils se sont retrouvés entourés par des étrangers alors quils traversaient une période horrible de leur vie. Swissair, Air Canada, Air Nova et Delta Airlines ont dépêché des bénévoles formés pour aider les familles des victimes de laccident. Le programme Care Partners dAir Nova a constitué un moyen de fournir aux familles des passagers du vol 111 de Swissair un porte-parole qui serait à leur disposition pendant tout leur voyage jusquen Nouvelle-Écosse ainsi que pendant leur séjour dans la province. « Tous ceux qui ont participé ont affirmé que cette expérience a changé leur vie, déclare Laurel Clark dAir Nova. Lexpérience a été éprouvante sur le plan émotionnel, mais la plupart des intervenants de Care Partners ont déclaré quils nhésiteraient pas une seconde à la revivre. » Les intervenants Care Partners ont assumé diverses tâches, notamment en aidant les familles dans les aéroports alors quelles tentaient de se rendre en Nouvelle-Écosse, en se procurant de linformation et, surtout, en offrant un soutien émotif aux personnes touchées par cette expérience dévastatrice. « Les intervenants Care Partners saccordent aux besoins des familles qui leur sont confiées, explique Laurel Clark. Certaines personnes ont tissé des liens étroits avec lintervenant et ont beaucoup compté sur son aide pendant cette période de crise. Dautres ne voulaient quun minimum daide et ont rejeté tout rapport émotif. » Les intervenants sont jumelés aux familles en fonction des renseignements dont on dispose (religion, langue, etc.). Les passagers de Swissair parlaient une foule de langues différentes et étaient issus de religions diverses. Des intervenants Care Partners bilingues et des membres du clergé représentant toutes les religions ont été mis à la disposition des familles. De plus, la collectivité suisse-allemande de la Nouvelle-Écosse a aussi beaucoup fait pour faciliter les communications. Les intervenants Care Partners doivent être débrouillards et savoir écouter, mais surtout, ils doivent être sensibles aux autres. Toutefois, il nest pas aisé de faire face à la douleur dautrui. Pour les aider à cet égard, tous les intervenants Care Partners sont suivis pendant une intervention, et ils ne sont jamais contraints de continuer à exercer leurs fonctions sils sen sentent incapables. « Les intervenants Care Partners trouvent lexpérience très enrichissante, déclare Laurel Clark. En tous les cas, il est certain que lorsque les intervenants reprennent leur vie normale après une intervention, ils voient la vie quotidienne sous un jour nouveau et ils cessent de sinquiéter des choses qui sont vraiment sans importance. » Après laccident du vol 800 de la TWA, le gouvernement des États-Unis a adopté un règlement obligeant toutes les grandes lignes aériennes américaines à veiller à ce que les familles des victimes soient bien traitées et à ce quelles aient accès aux lieux de laccident, aux effets personnels et à la dépouille de leurs défunts. Les grandes sociétés aériennes du Canada ne sont pas assujetties à de tels règlements, mais elles disposent de programmes destinés à faire face aux besoins des proches. Jennifer Reaney, NSS |
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